Dans une atmosphère silencieuse, nous pénétrons ce monde partagé entre l’histoire et le présent. Accompagné seulement par le bruit de nos pas sur ce qui reste de la voie de chemin de fer saignant la forêt de hêtres , nous percevons déjà la souffrance du travail de force qu’il a fallu pour créer cette voie qui mène au camp. Un silence de plomb, aucun bruit réel ne vient troubler notre avancée. Quelques stèles ici ou là nous renseignent sur la douleur. Nous arrivons à la gare, une grande plateforme vide où la nature reprend ses droits et nous rappelle que la vie est toujours plus forte. Maintenant, nous pourrions nous croire au cœur d’un film sombre où la fumée des locomotives enveloppe la terreur. Seul, nous imaginons… Traversant maintenant la Komandantur, le cœur serré, les bâtiments surgissent les uns après les autres découvrant la grille de l’entrée du campement. Nous y sommes pour de bon ! Il n’y a rien, tout est question de suggestion. La prison, les cheminées des crématoires, les graviers qui jonchent le sol, quelques fondations des baraquements et, un musée… Même si les générations passées ont tenté d’effacer cette page de l’histoire, ce lieu, lui, conserve cette souffrance et nous la fait partager. Ici, notre imaginaire nous suggère la faim, là, l’oubli de soi sans identité ni souvenirs, les cris des enfants, les odeurs pestilentielles, la boue, le froid…. C’est cet étrange sentiment d’impuissance que j’ai voulu partager avec ces images. Il est évident que l’on ne peut oublier. Aucune violence apparente, juste des lieux vides, des chambres dénudées où la mort est si présente. Les visiteurs circulent au travers d’un drame humain qui nourrit les pages de Primo Levi.